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L'art du signe
Jeudi 11 juillet 2002
(LE MONDE INTERACTIF)

Artiste russe installé en Allemagne, Roman Minaev, 31 ans, est une des figures de proue de "l'art Ascii". Né avec l'informatique, ce mode de création basé sur des dessins composés de chiffres et de lettres compte, aujourd'hui encore, de nombreux adeptes.

Enfant, Roman Minaev jouait avec la machine à écrire de sa grand-mère. Mais au lieu de s'entraîner à aligner des mots, comme la plupart des gamins de son âge qui s'appliquent à frapper consciencieusement chaque touche l'une après l'autre, le petit garçon se servait de cette machine pour dessiner. Depuis, l'envie de créer des formes à l'aide de chiffres et de lettres ne l'a pas quitté.
 

Aujourd'hui, Roman a remplacé la machine à écrire de sa grand-mère par un ordinateur. Mais il emploie encore la même technique, dite "art ascii", pour donner corps à ses créations. Utilisé par des artistes et des informaticiens, l'art ascii (du nom du célèbre code informatique – American Standard Code for Information Interchange – utilisé pour représenter du texte en format électronique) consiste à utiliser des caractères pour dessiner à l'aide d'un ordinateur.
 

Né pendant les premières années de la micro-informatique, ce mode de création – inspiré et utilisé par de nombreux artistes, dont les surréalistes – a aussi connu son heure de gloire sur Minitel. Aujourd'hui, il est encore largement utilisé et apprécié à travers le monde, comme en témoignent les nombreux sites qui lui sont consacrés. Galeries de travaux composés de caractères, forums de discussion ou logiciels qui génèrent automatiquement des formes en Ascii : sur Internet, les sites dédiés à cet art étroitement lié à l'informatique sont variés.
 

De son côté, Roman Minaev expose, lui aussi, son travail sur son site. Plus sophistiquées que ses premières créations réalisées à la machine à écrire, ses œuvres actuelles, désormais colorées, parfois animées et interactives, se basent toujours sur la même trame : un canevas surprenant où s'ordonnent de façon savante et ordonnée une infinité de caractères.
 

Roman est né il y a trente et un ans à Saint-Pétersbourg. A l'âge de 19 ans, il quitte la Russie pour l'Allemagne. Il étudie les techniques d'impression à l'académie d'architecture, de design et des beaux-arts de Kiel. C'est alors qu'il découvre que l'académie de cette ville est partenaire d'une école de calligraphie située en Chine. Fasciné par cet art si particulier, ("la peinture chinoise à l'encre a toujours représenté une énigme pour moi", explique-t-il), il étudie le chinois durant deux ans. Il se rend ensuite à l'école des beaux-arts de Hangzhou, où, durant une année, il se familiarise avec les subtilités de la calligraphie.
 

Entre cet art manuel ancestral et l'art Ascii, d'origine récente et indissociable de la machine, l'artiste établit des parallèles. "L'art Ascii, c'est comme dessiner sur une feuille de papier à l'aide du médium le plus simple : le pinceau, note-t-il. J'utilise des traits, des points et d'autres symboles pour représenter ce que je veux."
 

Aujourd'hui, Roman vit entre Kiel et Berlin. Il est actuellement professeur aux Beaux-Arts de Kiel, où il dispense un cours sur les "nouveaux médias". Quand il n'est pas auprès de sa femme et de ses enfants –"un beau petit garçon et une merveilleuse petite fille" –, et que ses cours lui en laissent le temps, il crée.
 

En commençant par penser à ce qu'il veut obtenir. Figuratives, ses œuvres sont en effet toujours le fruit d'une intense réflexion. "J'ai reçu une éducation artistique classique. Je ne conçois pas l'art seulement en tant que jeu, mais aussi en tant que projet, sujet de réflexion et travail", explique-t-il. Alors, avant de créer, il réfléchit, à partir d'une idée ou d'une esquisse.
 

Parmi les œuvres exposées sur son site, figure une galerie de portraits de célébrités du XXe siècle où se côtoient Marylin Monroe, le dalaï-lama ou la princesse Diana, "poupée médiatique dotée d'un héroïsme insensé". Un travail qui évoque celui de Warhol, un artiste qui hante et nourrit l'œuvre de Roman. Ce dernier hésite parfois "des jours et des nuits" sur la technique à employer pour donner corps à ses idées. Suit la période de réalisation, qui peut, elle aussi, se révéler très longue. Certains dessins reposent en effet sur une superposition de formes, elles-mêmes composées de nombreux caractères de couleurs différentes.
 

L'animation intitulée Régénération (regeneration.trashconnection.com) se compose ainsi de quelque 200 formes en Ascii ! Méticuleux, Roman travaille jusqu'à ce que ses œuvres présentent "un aspect aussi mécanique que des photos". Peu lui importe le nombre de caractères présents dans ses compositions, car il n'influe pas sur la qualité de son travail. "Les images que je préfère sont celles qui possèdent une composition ou un sens intéressants", dit-il. Pour lui, aucun doute, le résultat s'apparente à de l'art : "A partir du moment où il offre un champ pour une expression artistique, l'Ascii-art, c'est vraiment de l'art", affirme-t-il.
Une fois ses créations terminées, il les expose sur le Web. Son site ressemble à un building "où chaque fenêtre vide se remplit de nouveaux projets". Conçue en 1999, au moment où Roman ne connaissait pas ce média et où les médias ne s'intéressaient pas encore à lui, cette vitrine de son travail se veut "apaisante, nourrissante, matière à réflexion, et sans fin". Un reflet aussi de la ligne de conduite que cet artiste passionné et prosélyte s'est fixée : "montrer aux gens comment améliorer les choses". 

Anne Lindivat
www.trashconnection.com/
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